DUERP : et après ? Comment transformer votre document unique en véritable démarche de prévention

Votre entreprise a un DUERP.

Il est à jour. Il est bien présenté. Les risques sont identifiés, évalués et classés. Un plan d’actions y figure peut-être même.

Vous êtes donc en règle.

Mais êtes-vous pour autant dans une véritable démarche de prévention ?

La question peut sembler provocatrice. Elle ne l’est pas.

Le Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) est une obligation réglementaire dès le premier salarié. Mais sa finalité ne devrait jamais être de produire un document pour pouvoir répondre à une demande de l’inspection du travail, d’un assureur ou d’un client.

Le DUERP est un point de départ.

Il doit permettre à l’entreprise de comprendre ses risques, de décider où agir en priorité et surtout de faire vivre une démarche de prévention dans le temps.

C’est cette différence entre avoir un DUERP et faire de la prévention qui mérite d’être interrogée.

Vous avez un DUERP. Mais faites-vous vraiment de la prévention ?

C’est probablement le premier changement de perspective à opérer.

Le DUERP formalise les résultats de l’évaluation des risques professionnels. Il permet notamment de structurer l’identification et l’appréciation des risques et de faire émerger les actions de prévention à mettre en œuvre.

L’INRS le rappelle clairement : l’évaluation des risques et sa transcription dans le DUERP ne constituent pas une fin en soi. Elles sont le point d’amorce de la démarche de prévention.

Autrement dit :

DUERP → évaluation → décisions → actions → suivi → amélioration

et non :

DUERP → impression → classement → terminé.

Pourtant, dans beaucoup d’entreprises, c’est précisément ce deuxième scénario qui finit par se produire.

Le document est réalisé, parfois avec beaucoup de sérieux, puis rangé dans un dossier.

On le ressort plus tard lorsqu’il y a un audit ou qu’il faut le mettre à jour.

Entre-temps, les risques ont évolué, l’organisation a changé, de nouvelles machines sont arrivées, des salariés ont été recrutés, certains ont quitté l’entreprise, un accident ou un incident s’est produit…

Mais le DUERP, lui, est resté à peu près au même endroit.

Un DUERP peut être parfaitement construit… et ne rien changer

La qualité d’un DUERP ne se mesure pas uniquement à la qualité du document.

Vous pouvez disposer d’un document très complet, avec une méthode d’évaluation rigoureuse, une cotation précise et des dizaines d’actions recensées.

Et pourtant, votre démarche de prévention peut rester fragile.

Pourquoi ?

Parce qu’un document ne prévient aucun accident.

Une matrice de cotation ne protège aucun salarié.

Un tableau de suivi ne change aucune situation de travail par lui-même.

Ce sont les décisions et les actions qui produisent des effets.

Le DUERP doit donc être considéré comme un outil au service d’une démarche plus large.

La réglementation elle-même inscrit l’évaluation des risques dans cette logique : elle doit permettre de définir et de mettre en œuvre des actions de prévention adaptées aux situations rencontrées dans l’entreprise.

La vraie question n’est donc pas seulement :

« Mon DUERP est-il à jour ? »

Mais plutôt :

« Qu’est-ce que mon DUERP me permet de décider et de faire aujourd’hui ? »

Votre DUERP décrit-il réellement l'activité de votre entreprise ?

Un autre point mérite d’être questionné : comment votre DUERP a-t-il été construit ?

Parce qu’il existe une différence importante entre évaluer des risques sur le papier et comprendre les situations de travail.

Un risque professionnel ne se résume pas à une case dans un tableau.

Prenons un exemple simple.

Vous avez identifié le risque de troubles musculosquelettiques pour vos salariés.

Très bien.

  • Mais pourquoi ces salariés sont-ils exposés ?
  • Est-ce lié aux équipements ?
  • À l’aménagement des postes ?
  • À la cadence ?
  • À l’organisation des tâches ?
  • À la manutention ?
  • À la variabilité de l’activité ?
  • Au manque de récupération ?
  • À une combinaison de plusieurs facteurs ?

Et surtout : que se passe-t-il réellement sur le terrain ?

C’est toute la différence entre une évaluation administrative et une véritable démarche d’évaluation des risques.

L’INRS recommande d’ailleurs de préparer l’évaluation, de caractériser les populations exposées, d’identifier les dangers et situations d’exposition, puis d’apprécier les risques afin de pouvoir les hiérarchiser et construire un plan d’actions cohérent.

Le DUERP doit donc être le reflet d’une compréhension réelle du travail, et pas uniquement la compilation de risques génériques associés à un métier.

Le travail réel doit avoir sa place dans votre DUERP

C’est probablement l’un des points sur lesquels une PME peut gagner énormément en qualité de prévention.

Ce que vous avez prévu que les salariés fassent n’est pas toujours exactement ce qu’ils font.

Et ce n’est pas nécessairement un problème.

C’est justement l’analyse de cette réalité qui permet de comprendre les risques.

  • Comment les salariés s’organisent-ils lorsque l’activité s’accélère ?
  • Que se passe-t-il lorsqu’un collègue est absent ?
  • Quelles adaptations sont faites pour tenir les délais ?
  • Quels équipements sont réellement utilisés ?
  • Quelles difficultés les salariés contournent-ils quotidiennement ?
  • Quels incidents « sans gravité » sont devenus tellement habituels qu’ils ne sont même plus signalés ?

Ces informations sont précieuses. Elles ne figurent généralement pas dans un modèle générique de DUERP.

Elles apparaissent lorsque l’on va à la rencontre de celles et ceux qui le réalisent.

Une bonne évaluation des risques ne consiste donc pas seulement à remplir un document. Elle consiste d’abord à comprendre en observant et en échangeant avec l’ensemble du personnel.

Passer de l'identification des risques à la décision

Identifier vingt risques n’est pas nécessairement mieux que d’en identifier dix.

Et recenser cinquante actions ne signifie pas que votre prévention est plus efficace.

Le véritable enjeu est de savoir quoi traiter en priorité.

C’est précisément le rôle de l’évaluation des risques : passer d’un inventaire à une hiérarchisation permettant de construire un plan d’actions cohérent.

Pour un dirigeant de PME, cette question est particulièrement importante.

Les ressources sont limitées.

Vous ne pouvez pas tout faire immédiatement.

Il faut donc être capable de répondre à des questions très concrètes :

  • Quels sont les risques les plus importants pour mon entreprise ?
  • Quelles situations nécessitent une action rapide ?
  • Quelles mesures auront le plus d’effet ?
  • Qui doit agir ?
  • Avec quels moyens ?
  • Dans quel délai ?
  • Comment vérifier que l’action a réellement amélioré la situation ?

C’est ici que le DUERP commence à devenir un outil de pilotage.

Un plan d'actions n'est pas une liste de bonnes intentions

C’est une faiblesse fréquente des démarches de prévention.

On identifie un risque.

Puis on inscrit dans le plan d’actions :

« Sensibiliser les salariés. »

« Faire une formation. »

« Acheter des EPI. »

Ces actions peuvent être pertinentes.

Mais elles ne constituent pas nécessairement une réponse suffisante au problème identifié.

Une démarche de prévention efficace cherche d’abord à agir sur les causes et sur l’organisation du travail.

Elle doit s’appuyer sur les principes généraux de prévention et privilégier, lorsque cela est possible, la suppression ou la réduction du risque à la source.

La question n’est donc pas :

« Quelle action pouvons-nous inscrire dans le tableau ? »

Mais :

« Quelle décision allons-nous prendre pour réduire réellement ce risque ? »

Et cette décision doit être suffisamment concrète pour pouvoir être suivie.

Un bon plan d’actions doit permettre de savoir :

quoi faire, pourquoi, qui le fait, avec quels moyens, dans quel délai et comment on vérifiera le résultat.

DUERP et PAPRIPACT : une même logique de préventioni

Le cadre réglementaire diffère selon l’effectif de l’entreprise.

Dans les entreprises de moins de 50 salariés, les actions de prévention et de protection sont consignées dans le DUERP et ses mises à jour.

À partir de 50 salariés, les résultats de l’évaluation des risques doivent notamment déboucher sur un Programme annuel de prévention des risques professionnels et d’amélioration des conditions de travail (PAPRIPACT).

Pas besoin ici de faire du PAPRIPACT un deuxième sujet : ce qui nous intéresse est la logique commune.

L’évaluation des risques doit conduire à l’action.

Que l’on parle de plan d’actions dans le DUERP ou de PAPRIPACT, l’objectif reste le même : transformer les constats en décisions concrètes et faire progresser la prévention.

Et surtout, ne pas confondre l’existence du document avec l’efficacité de la démarche.

Faire une action ne signifie pas nécessairement réduire un risque

Prenons un exemple.

Votre évaluation fait apparaître un risque important lié aux manutentions manuelles.

Une réponse classique pourrait être :

« Former les salariés aux gestes et postures. »

Pourquoi pas.

  • Mais est-ce réellement la meilleure réponse ?
  • Avant de décider, il faut comprendre la situation.
  • Pourquoi ces manutentions existent-elles ?
  • Peut-on supprimer certaines manutentions ?
  • Peut-on modifier l’organisation ?
  • Peut-on réduire les distances ?
  • Peut-on utiliser une aide mécanique ?
  • Peut-on revoir le stockage ?
  • Peut-on modifier les flux ?
  • Peut-on agir sur les quantités manipulées ?

La formation peut alors avoir sa place.

Mais elle devient une action parmi d’autres, et non la réponse réflexe à un risque identifié.

C’est toute la différence entre une logique de conformité et une logique de prévention.

Prévenir, c'est aussi accepter de remettre en question l'organisation

Cette approche peut parfois conduire à des décisions qui dépassent largement le périmètre traditionnel de la « sécurité ».

Et c’est justement ce qui rend la démarche intéressante pour un dirigeant.

Un risque peut révéler :

  • une organisation du travail inadaptée ;
  • un équipement mal dimensionné ;
  • un manque de ressources ;
  • un problème de flux ;
  • une charge de travail excessive ;
  • une mauvaise circulation de l’information ;
  • une compétence insuffisamment maîtrisée ;
  • une organisation des horaires génératrice de contraintes ;
  • ou encore une situation devenue tellement habituelle que personne ne la questionne plus.

Le DUERP peut alors jouer un rôle beaucoup plus large :

il devient un outil qui aide le dirigeant à regarder son entreprise autrement.

Ce que cela signifie concrètement dans une entreprise

C’est dans la réalité de l’entreprise que l’intérêt d’une démarche d’évaluation des risques prend tout son sens.

Le DUERP ne permet pas nécessairement, à lui seul, de faire émerger toutes les problématiques de l’entreprise. C’est aussi le regard porté sur les situations de travail, les échanges avec les salariés et les différents acteurs de la prévention qui peuvent faire apparaître des sujets qui n’avaient pas été identifiés jusque-là.

Dans mes missions, j’ai ainsi pu constater des situations très différentes.

Dans le cadre d’un accompagnement à la certification ISO 45001, l’analyse menée a notamment permis de faire émerger un enjeu ergonomique qui n’apparaissait pas réellement dans le DUERP. Le travail autour du système de management a donc également permis d’élargir le regard porté sur les situations de travail et d’identifier un sujet qui méritait d’être approfondi.

Dans une autre entreprise, l’accompagnement a notamment permis de créer un espace d’échange avec les représentants du personnel. Les membres du CSE avaient besoin d’être entendus, de pouvoir exprimer leurs préoccupations et d’avoir un interlocuteur capable de prendre du recul avec eux sur les situations rencontrées. La démarche n’a pas tout réglé, mais elle a contribué à apaiser les échanges et à rétablir un dialogue plus constructif autour des questions de santé et de sécurité au travail.

Dans une troisième entreprise, le DUERP s’inscrit directement dans le pilotage de la prévention. L’évaluation des risques alimente le PAPRIPACT, qui fait lui-même l’objet d’un suivi et d’une actualisation trimestrielle. Le DUERP n’est donc pas un document que l’on met à jour ponctuellement : il constitue l’un des supports permettant de nourrir une démarche de prévention suivie dans le temps.

Ces trois situations sont différentes.

Elles illustrent pourtant une même idée : le DUERP prend sa véritable valeur lorsqu’il est connecté à la réalité de l’entreprise et aux décisions qui sont prises pour agir sur les risques.

Il peut faire émerger un sujet qui n’avait pas été identifié.

Il peut contribuer à créer les conditions d’un dialogue plus constructif.

Il peut alimenter un programme d’actions et son suivi dans le temps.

C’est cette mise en mouvement qui transforme progressivement un document réglementaire en véritable outil de prévention.

Le véritable indicateur n'est pas la qualité de votre document

Il est tentant de juger un DUERP sur son apparence.

  • Est-il complet ?
  • Est-il bien présenté ?
  • La méthode de cotation est-elle précise ?
  • Les risques sont-ils correctement classés ?

Toutes ces questions ont leur importance.

Mais elles ne suffisent pas.

La question la plus intéressante est probablement celle-ci :

Qu’est-ce que votre DUERP a permis de changer dans votre entreprise ?

Si la réponse est :

« Nous avons pu le présenter lorsqu’on nous l’a demandé. »

alors il y a probablement encore beaucoup à faire.

Si la réponse est :

« Il nous a permis d’identifier nos priorités, de décider des actions, de mobiliser nos managers et de suivre nos progrès. »

alors le DUERP commence réellement à jouer son rôle.

Faire vivre la prévention au quotidien

Une démarche de prévention ne peut pas reposer sur un rendez-vous annuel au cours duquel on met à jour un tableau.

L’entreprise évolue en permanence.

  • Une nouvelle machine arrive.
  • Un atelier est réorganisé.
  • Une activité se développe.
  • Un salarié change de poste.
  • Une équipe est en tension.
  • Un accident survient.
  • Un incident se répète.
  • Une nouvelle contrainte apparaît.

Tous ces événements peuvent modifier les risques auxquels les salariés sont exposés.

Le DUERP doit donc pouvoir évoluer avec l’entreprise.

Mais surtout, la prévention doit devenir une préoccupation régulière du management.

Le DUERP peut alors servir de fil conducteur.

Lors d’une réunion de management :

Quels sont nos risques prioritaires ?

Lors d’un investissement :

Cet équipement va-t-il réduire un risque ou en créer un nouveau ?

Après un accident :

Qu’est-ce que cet événement nous apprend sur notre organisation ?

Lors du suivi d’une action :

La situation s’est-elle réellement améliorée ?

Lors d’un changement :

Avons-nous réévalué les risques concernés ?

C’est ainsi que le DUERP cesse progressivement d’être un document réglementaire pour devenir un outil de référence de la prévention dans l’entreprise.

Et si votre DUERP devenait un véritable outil de pilotage ?

C’est finalement la question que je vous invite à vous poser.

Vous n’avez peut-être pas besoin d’un nouveau modèle de DUERP.

Vous n’avez peut-être pas besoin d’un fichier plus sophistiqué.

Vous avez peut-être besoin de prendre du recul sur votre démarche.

  • De comprendre vos priorités.
  • D’impliquer les bonnes personnes.
  • De transformer les constats en décisions.
  • Et surtout, de faire en sorte que les actions décidées produisent réellement des effets.

C’est précisément dans cette démarche que CBA Consult peut vous accompagner.

L’objectif n’est pas simplement de vous remettre « un DUERP de plus ».

Il s’agit de construire avec vous un outil qui corresponde à votre activité, qui soit compris par vos équipes et qui puisse vous servir de référence pour piloter votre prévention.

Parce qu’au fond, la bonne question n’est pas : « Avez-vous un DUERP ? »

Mais plutôt : « Que faites-vous de votre DUERP ? »

Et si la réponse doit encore être construite, c’est peut-être justement le moment de commencer votre véritable démarche de prévention.

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